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Cette réponse au “État actuel de la gestion des données de recherche au Canada : un rapport par l’Alliance de recherche numérique du Canada” a été écrit par Deb Verhoeven.

Les données, c’est bien connu, veulent juste être libres. Mais on pourrait aussi dire que les données veulent juste danser. Les données numériques sont particulièrement sociales au cœur. Sa forme binaire lui permet de se mêler facilement à d’autres données numériques. Les technologies de lecture automatique signifient que les données peuvent communiquer directement avec d’autres données, en contournant la médiation humaine. Ce potentiel de capacité sociale a donné naissance à des techniques de gestion des données qui favorisent la comparaison, la corrélation et la conformité et reposent sur des systèmes de valeurs qui privilégient la précision, la simplification et l’efficacité.

Un important rapport récent réitère cet accent mis sur les avantages de l’intégration en tant qu’objectif à la fois technique et systémique. Dans son récent énoncé de position sur État actuel de la gestion des données de recherche au Canada, l’Alliance de recherche numérique du Canada (anciennement la Nouvelle organisation d’infrastructure de recherche numérique) explique tautologiquement l’interopérabilité en mettant l’accent sur l’établissement de procédures de recherche communes soutenues par des relations prédéfinies, une infrastructure cohérente et un cadre de fonctionnement qui inhibe activement l’innovation :

L’interopérabilité entre les composants de l’écosystème de la GDR repose sur des schémas, des normes et des protocoles de collecte, d’organisation et de description des données de recherche et de l’infrastructure de soutien. Afin de maximiser le potentiel des données de recherche, celles-ci doivent pouvoir être partagées de façon sécuritaire entre différents systèmes, tout en préservant leur sense et leur interprétation auprès de divers utilisateurs et utilisatrices. L’interopérabilité sémantique et technique repose sur des cadres d’exploitation que définissent les procédures, les conditions et les relations nécessaires pour permettre un partage sans contrainte entre les composantes des infrastructures de recherche numérique. Ces infrastructures forment l’architecture de l’écosystème, laquelle permet le développement et l’intégration de nouvelles données, de nouveaux logiciels et de nouvelles infrastructures se conformant aux cadres existants. (p. 5)

Alors, si les données doivent danser, nous devons construire une salle de bal de taille standard, jouer un rythme binaire invariable préenregistré et admettre seulement les données qui savent déjà danser le tango.

Mais que se passerait-il si nous évaluions le désir de danser de data en termes d’improvisation, de flexibilité et d’interprétation plutôt que comme l’exécution correcte d’une chorégraphie étroitement synchronisée ? Et si nous partions du principe que la capacité relationnelle des données pourrait également jouer un rôle dans la compréhension et l’activation du changement social plutôt que de simplement réitérer la conformité procédurale ? Comment une perspective issue des humanités, centrée sur la créativité, la coopération, la complexité et la contestation, mais également sensible à l’imbrication des données et du pouvoir, pourrait-elle modifier les manières de gérer l’intégration, l’échange et l’interopérabilité des données ? Comment concilier les ambitions sociales de l’interopérabilité des données avec la possibilité que ni les humains, ni les données, ne dansent sur le même rythme, ni avec la même capacité et le même panache ?

Les données veulent juste être de taille universelle ? Au-delà d’une approche de tissu extensible pour la gestion des données

Les limites de la standardisation sont bien connues dans de nombreux domaines. Les tailles de vêtements sont un exemple excellent de la manière dont des « moyennes » politiquement déduites, sélectives et historiquement spécifiques ont été (et continuent d’être) déployées pour promouvoir des systèmes normalisés de catégorisation du corps humain. Ces catégories inconfortables ont pour effet entièrement préjudiciable de délimiter précisément qui n’est pas « compatibles ». Et il ne s’agit pas seulement de la coupe du tissu. Ce sont les matériaux et les attaches eux-mêmes, et c’est aussi l’hypothèse que tous les porteurs ont les mêmes besoins, mobilité et corps tout le temps. Les systèmes de données conçus autour de la valeur de conformité relèguent de la même manière les données inadaptées et celles qu’elles représentent au sol de la salle de coupe.

La réponse à ces lacunes systémiques évidentes, cependant, n’est pas de fabriquer des solutions « taille unique » ou même « taille unique pour la plupart ». Je n’essaie pas de suggérer que les données veulent être « de taille universelle » ou même « non dimensionnées ». Je ne propose certainement pas l’adoption d’une approche de tissu extensible pour la gestion de l’information. Mais nous pourrions nous inspirer du mouvement des vêtements adaptés avec son utilisation de matériaux innovants (https://magnaready.com/) et toute une éthique basée sur la fabrication et la conception inclusives (https://slickchicksonline.com/). Dès le départ, les vêtements adaptés se veulent ajustables à une variété d’usages et d’utilisateurs.

Je veux une GDR qui crée un précédent en matière de diversité et d’inclusion en pensant aux systèmes de conception et de gestion de l’information comme la version numérique de l’information « adaptivewear ». En d’autres termes, je veux que le futur écosystème des données de recherche du Canada se concentre d’abord et avant tout sur la gestion de l’information en termes de résolution de problèmes, d’innovation, d’intersectionnalité et d’empathie plutôt que d’accentuer ses avantages uniquement en termes de productivité, de réglementation, de cohérence et de contrôle. Je veux des données qui dansent sur des rythmes différents. Et sans jamais avoir besoin de porter du Lycra.

Deb Verhoeven est titulaire de la chaire de recherche Canada 150 en informatique culturelle et genre à l’Université de l’Alberta. Elle a siégé au conseil d’administration inaugural de la NDRIO jusqu’en juillet 2021 et n’a pas participé à la préparation ou à la supervision du rapport l’État actuel de la gestion des données de recherche au Canada.