https://doi.org/10.25547/W4SY-ZA80
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Cette observation a été rédigée par Alan Colin-Arce et Kyle Dase, avec ses remerciements à la partenaire d’INKE Tanja Niemann pour sa relecture et ses commentaires.
Traduction française révisée par Olga Ziminova (MA), Electronic Textual Cultures Lab (ETCL).

En un coup d’œil

Topic / Titre Résumé du 3e Sommet mondial sur le libre accès diamant et de la feuille de route de Bengaluru pour le libre accès diamant, 2026
Key Participants / Participants clés ICAR Indian Institute of Horticultural Research, Érudit, PKP, Organisation des Nations Unies
Date / Période  2026
Keywords / Mots-clés open science / science ouverte, open social scholarship / approches sociales des savoirs ouverts, open access / libre accès, diamond open access / libre accès diamant, credibility / crédibilité, events and gatherings / événements et rassemblements, Multilingualism / Multilinguisme

Résumé

Ce rapport résume le troisième Sommet mondial sur le libre accès diamant, qui s’est tenu du 2 au 6 février 2024 à Bengaluru, en Inde. Ce sommet a réuni des conférenciers d’organisations canadiennes, régionales et internationales à accès ouvert, ainsi que des représentants de gouvernements et d’universités du monde entier. On y a dénombré 168 participants en personne, originaires de 28 pays, et 179 participants en ligne, provenant de 33 pays. L’un des résultats du sommet a été l’élaboration de la Feuille de route de Bengaluru pour le libre accès diamant, qui propose des orientations pour promouvoir le libre accès diamant auprès de divers groupes d’acteurs.

Aperçu

Le troisième Sommet mondial sur le libre accès diamant a été diffusé en direct et enregistré sur YouTube. Certaines sessions ont bénéficié d’une interprétation simultanée en espagnol, en français et en portugais afin de favoriser la participation multilingue. L’OSPO a également publié un compte rendu du deuxième Sommet, qui s’est tenu en 2024. Cette année, certains participants ont même créé une série de bandes dessinées inspirées de la réunion.

Le sommet visait à élaborer la Feuille de route de Bengaluru pour le libre accès diamant, ainsi que des plans d’action régionaux et mondiaux. La Feuille de route de Bengaluru est un cadre évolutif qui répertorie les objectifs et actions communs de la communauté du libre accès diamant. Elle est conçue pour évoluer au fil du temps grâce aux contributions de la communauté et pour harmoniser (sans toutefois imposer) les mouvements régionaux en faveur du libre accès. Vous trouverez plus d’informations sur la Feuille de route dans la dernière section de cet article.

Outre ces avancées majeures, les séances et présentations du sommet ont abordé des sujets d’intérêt pour la science ouverte, tels que les besoins politiques en matière de libre accès libre diamant, l’évaluation, les infrastructures, l’inclusion de la recherche ainsi que ses résultats plus vastes. 

Jour 1

La première journée a été consacrée à des ateliers pré-conférence sur les plateformes et services de publication pour le libre accès diamant ; les normes de métadonnées, l’interopérabilité et les identifiants persistants pour le libre accès diamant ; les archives ouvertes et les prépublications ; et le libre accès diamant pour les jeunes chercheurs. Juan Pablo Alperin (Public Knowledge Project), membre d’INKE, était l’un des conférenciers de l’atelier sur les plateformes et services pour le libre accès diamant.

Jour 2

La conférence a officiellement débuté par une séance inaugurale composée de membres du comité organisateur qui ont souhaité la bienvenue aux participants et souligné l’importance de l’élaboration d’une feuille de route à l’issue de la rencontre. Après les mots de bienvenue, des représentants de l’UNESCO et des gouvernements de l’Angola, de la France, du Mexique et du Québec (représenté par Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec) ont prononcé des allocutions d’ouverture, mettant respectivement en lumière l’importance de l’accès équitable à l’information, de la coopération internationale, de la bibliodiversité, des politiques nationales de libre accès et de la science en tant que bien public.

Pour conclure les séances d’ouverture, des représentants d’organisations de libre accès (Science Europe, le Commonwealth Educational Media Centre for Asia [Centre des médias éducatifs du Commonwealth pour l’Asie], le Conseil latino-américain des sciences sociales et Redalyc) ont présenté leurs différentes approches en matière de soutien au libre accès diamant. Mari Sundli Tveit (présidente de Science Europe) a souligné le projet DIAMAS et a insisté sur la nécessité de renforcer les politiques et les systèmes de gouvernance qui soutiennent le libre accès diamant afin de façonner un modèle plus équitable pour la communication scientifique. Arianna Becerril-García (directrice de Redalyc) a expliqué comment le droit mexicain reconnaît la science comme un droit, ce qui implique que le libre accès est désormais un devoir et une responsabilité dans le pays, nécessitant un soutien national et institutionnel.

La séance plénière 1, organisée par l’UNESCO, portait sur la convergence des politiques mondiales et les besoins en matière de capacités. Des représentants d’organismes gouvernementaux du monde entier (dont Mylène Deschênes, directrice de l’éthique et des affaires juridiques au Fonds de recherche du Québec) ont présenté leurs politiques de promotion des écosystèmes de connaissances ouvertes et identifié les conditions favorables au libre accès diamant. Les intervenants se sont entendus sur un engagement politique clair en faveur d’un accès équitable aux connaissances financées par des fonds publics. Ils ont également convenu des conditions nécessaires au libre accès diamant, comme le financement durable, l’intérêt public et une infrastructure numérique interopérable. Cependant, l’évaluation de la recherche demeure un défi et un effet de levier essentiel qui freine l’adoption du libre accès diamant. Comme l’a souligné Mari Sundil Tvelt :

les politiques, les mandats et les cadres pour le libre accès diamant ne fonctionnent que s’ils s’alignent sur les valeurs, les infrastructures et les pratiques développées par les chercheurs et les communautés.

La dernière table ronde de la journée, la séance plénière 2, a abordé la question de la réinvention de l’édition savante pour plus d’équité et d’inclusion. Les intervenants ont discuté des valeurs du libre accès diamant et de l’importance de soutenir et de reconnaître la participation des chercheurs de différentes régions à la production du savoir. Par exemple, Luciana Balboa (membre de la Global Young Academy) a décrit les coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur argentin et a plaidé pour un écosystème de communication scientifique qui transcende la volatilité des cycles politiques. Dans ce contexte, elle a soutenu que la construction d’un écosystème de libre accès diamant est un acte politique qui défend l’autonomie de la science.

Plus tard dans la séance plénière, Leslie Chan (professeure à l’Université de Toronto) a souligné que le libre accès diamant risque de devenir une simple réforme technique du système d’édition, perpétuant ainsi les structures de pouvoir existantes dans le monde scientifique, à moins d’une redistribution plus équitable des capacités et du pouvoir de décision. Par conséquent, Chan a suggéré un modèle C3 pour libre accès : un modèle géré par la communauté, fondé sur les communs et axé sur la prise en compte des besoins des chercheurs. Dans le même esprit, Arianna Becerril a souligné que les différentes institutions qui assurent la communication scientifique peuvent mettre en pratique le concept de biens communs. En Amérique latine, les établissements de recherche créent et gèrent des revues en libre accès diamant dans leurs domaines de spécialisation, et elles bénéficient de l’initiative d’autres institutions qui font de même, instaurant ainsi une réciprocité au sein du système. Toutefois, Becerril a averti que le libre accès diamant n’est pas envisagé sous l’angle des biens communs partout dans le monde, ce qui empêche de considérer la connaissance comme un bien commun.

Jour 3

La première table ronde de la journée, la Plénière 3, était consacrée à la construction, au soutien et à la pérennisation des infrastructures du libre accès diamant. Les intervenants représentaient différentes infrastructures du libre accès d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du Canada. Francis Gingras (Quebec Diamond OA) a présenté la création du Réseau Circé, destiné à soutenir la transition vers le libre accès diamant pour les revues québécoises (plus d’informations sur ce projet sont disponibles dans notre article sur l’édition savante bilingue au Canada). Lors de cette même table ronde, Laurence El Khouri (Directrice adjointe du Centre national de la recherche scientifique [CNRS]) a souligné comment le CNRS réoriente les flux financiers des abonnements aux éditeurs et services à but lucratif vers le soutien d’infrastructures de science ouverte répondant à des critères de confiance. Par exemple, en 2025, le CNRS a mis fin à son abonnement à Web of Science pour soutenir OpenAlex. Deux développements récents dans le domaine du libre accès diamant ont également été mentionnés : le rapport « Panorama de l’édition en libre accès diamant en Afrique, en Europe et en Amérique latine », qui décrit les conditions systémiques et les politiques publiques relatives à l’édition en libre accès diamant dans 45 pays ; et le rapport préliminaire sur les écosystèmes de publication sans but lucratif offre un aperçu de la gouvernance, du financement et des services des plateformes de libre accès en Afrique, en Amérique latine et en Europe.

La quatrième séance plénière a souligné la nécessité de mieux saisir la diversité des modes de publication utilisés par les chercheurs, notamment la documentation du processus de recherche, la mise à disposition du code source et la création de traductions multiples des résultats. L’accent mis sur l’évaluation de la recherche a permis d’examiner comment le libre accès diamant s’intègre et remet en question les présupposés de l’environnement de recherche au sens large.

Jour 4

La séance plénière 5 a mis en lumière les caractéristiques essentielles du libre accès diamant et leur importance, tout en présentant au public des plateformes importantes telles que Diamond Discovery Hub (la liste de référence des revues AON), INFLIBNET, un centre interuniversitaire autonome basé en Inde qui facilite l’accès à de nombreuses ressources en libre accès, et Érudit (l’un des partenaires d’INKE), une organisation canadienne. Tanja Niemann, directrice d’Érudit, a présenté Érudit aux participants et a souligné que l’objectif à moyen et long terme d’Érudit et de ses partenaires canadiens est de réorienter progressivement les financements des éditeurs commerciaux vers les modèles ouverts. Cette séance a notamment été marquée par la réaffirmation du rôle important du multilinguisme en matière d’équité, de diversité, d’inclusion et d’appartenance, ainsi que par la diffusion plus générale des normes AON.

La sixième et dernière séance plénière a réuni un panel de jeunes chercheurs partageant leurs expériences et leur compréhension de l’influence d’un système mondial de publication sur la perception de ce que nous considérons comme un savoir précieux. Ils ont souligné la nécessité d’une norme plus juste et équitable d’évaluation des publications et de la recherche, s’appuyant sur le libre accès diamant. Cette norme permettrait aux chercheurs (surtout les jeunes chercheurs) de se concentrer sur l’impact de leurs travaux plutôt que sur le prestige de leurs publications.

Enfin, la dernière séance plénière a permis de faire le point sur la conférence et d’envisager les prochaines étapes pour le libre accès diamant. Les intervenants ont réaffirmé que l’accès à la connaissance dépasse le simple cadre technique ou institutionnel pour devenir un droit fondamental. Le libre accès diamant est présenté comme un bien public numérique qui réaffirme ces droits et réduit les inégalités en considérant le savoir comme un bien commun. Ceci n’est possible que grâce à une étroite collaboration entre les politiques gouvernementales, les communautés éditoriales et la communauté internationale, au sein de réseaux de coopération. Parmi les principaux enseignements de ces séances, on peut citer la relation réciproque entre l’évaluation de la recherche et le libre accès diamant, la capacité du libre accès diamant à contribuer à étendre l’impact scientifique aux communautés plus larges des chercheurs plutôt que de simplement viser le prestige, et la nécessité de dépasser les indicateurs commerciaux et les classements internationaux au profit de la qualité et du contexte.

Feuille de route et plan d’action de Bengaluru pour le libre accès diamant

La Feuille de route et le plan d’action de Bengaluru pour le libre accès diamant constituent l’un des résultats du Sommet. Publiée le 13 mai 2026, cette feuille de route propose des orientations pour promouvoir le libre accès diamant auprès de multiples parties prenantes. Ses principaux thèmes sont : repenser l’édition scientifique pour plus d’équité et d’inclusion, la gouvernance mondiale et la responsabilité partagée, l’infrastructure du libre accès diamant, l’évaluation de la recherche, les jeunes chercheurs, l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle, ainsi que le suivi et la continuité.

La Feuille de route identifie également six domaines d’action et formule des recommandations à l’intention des intervenants dans ces domaines. En général, elle préconise une réforme structurelle, un investissement public soutenu et des incitations harmonisées au sein de l’écosystème de la recherche. Les recommandations pour chaque domaine d’action sont les suivantes:

Figure créée par les auteurs à partir de la Feuille de route et du plan d’action de Bengaluru pour le libre accès diamant

Globalement, la Feuille de route et les actions clés recommandées appellent à renforcer les capacités, à assurer la pérennité de l’écosystème du libre accès diamant, à promouvoir le multilinguisme et à réduire la dépendance au bénévolat ou au travail précaire. Les gouvernements, les chercheurs, les fournisseurs d’infrastructures communautaires, les bailleurs de fonds et les universités ont tous un rôle à jouer dans la mise en œuvre des actions recommandées pour soutenir et renforcer le libre accès diamant. La Feuille de route reconnaît également qu’une mise en œuvre réussie exige l’harmonisation des politiques, des financements et des systèmes d’évaluation, ainsi qu’une collaboration interrégionale et des modèles de gouvernance appropriés, afin que le libre accès diamant devienne le principal modèle de diffusion des connaissances financées par des fonds publics.

Le prochain Sommet mondial sur le libre accès diamant, qui se tiendra à Bali (Indonésie) en 2027, examinera et affinera la mise en œuvre de la Feuille de route et du plan d’action.

Réponses du partenariat INKE

Tanja Niemann (Directrice générale, Érudit):

J’ai participé au Sommet mondial sur le libre accès diamant à Bengaluru, en Inde, au nom d’Érudit et de Coalition Publica, et j’ai trouvé cette expérience à la fois stimulante et encourageante. Les échanges avec des collègues du monde entier m’ont rappelé avec force que le libre accès diamant n’est pas un modèle marginal ou régional, mais un projet d’infrastructure mondial fondé sur des valeurs partagées d’équité, de gouvernance communautaire et d’investissement public. J’ai été particulièrement heureuse de constater la présence du Québec au Sommet, représenté par ses communautés d’éditeurs et ses bailleurs de fonds. Pour les éditions futures, j’espère qu’elles offriront également l’occasion d’une plus grande participation canadienne au niveau fédéral, d’autant plus que le libre accès diamant  continue d’être fortement encouragé par des programmes soutenus par le CRSH et la communauté des bibliothèques universitaires canadiennes.