https://doi.org/10.25547/B40J-J007

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Ce rapport « Insights and Signals » a été rédigé par Lucía Céspedes, Suzanne Beth, Simon van Bellen, Alan Colin-Arce, Britt Amell, et Ray Siemens, avec leurs remerciements aux partenaires d’INKE Christianna Brooks (Responsable des programmes, Fédération des sciences humaines) et Jeanette Hatherill (Coordinatrice principale, Coalition Publica) pour leur relecture et leurs commentaires.
Photos: Liv Mann Tremblay, photographe de conférence

En un coup d’œil

Topic / Titre Recap of the 1st Canadian Conference on Open Science and Open Scholarship / Récapitulatif de la 1re Conférence canadienne sur la science ouverte et les savoirs ouverts
Key Participants / Créateur Érudit, PKP, INKE, Digital Research Alliance of Canada / Alliance de recherche numérique du Canada, Federation for the Humanities and Social Sciences / Fédération des sciences humaines, Tri-Agency (CIHR, NSERC, SSHRC) / Trois organismes (IRSC, CRSNG, CRSH), Fonds de recherche du Québec
Date / Période  2025
Keywords / Mots-clés Canada, open science / science ouverte, open social scholarship / approches sociales des savoirs ouverts, policy / politique, open access / libre accès, open data / données ouvertes, open infrastructure / infrastructure ouverte, events and gatherings / événements et rassemblements, funding agencies / organismes de financement

Résumé

Ce rapport insights and signals présente le bilan de la première conférence canadienne sur la science ouverte et la recherche ouverte.

Les points abordés dans ce rapport sont les suivants :

  • Participation des partenaires d’INKE à la première conférence canadienne sur la science ouverte et les savoirs ouverts
  • Points clés à retenir de l’événement

Cartographier le présent, tracer notre avenir

La science ouverte semble avoir pris d’assaut le monde scientifique. Les déclarations, les politiques et les mandats sont presque omniprésents dans les institutions de financement et de recherche du monde entier. Étant donné la vaste portée des pratiques regroupées sous le terme générique de « science ouverte », il peut être difficile pour les chercheurs, même ceux qui sont véritablement intéressés et motivés, de suivre l’évolution du mouvement dans leur propre discipline et leur propre pays. La première conférence canadienne sur la science ouverte et la recherche ouverte a été une initiative bienvenue qui a permis de réunir des acteurs clés qui, parfois, travaillent en parallèle plutôt qu’ensemble. 

Organisé par l’Université Concordia à Montréal avec le soutien du Conseil de recherches en sciences humaines et de onze institutions partenaires, l’événement a réuni près de 200 participants issus du gouvernement, du milieu universitaire et d’organismes de recherche de partout au Canada. En ce sens, l’événement a réussi à réunir des universitaires et des praticiens qui, de par la nature même de leur travail, sont spécialisés dans les systèmes ouverts (comme ceux des domaines des sciences de l’information et de la documentation) et des praticiens issus d’autres disciplines qui ont néanmoins adopté et défendent l’ouverture dans leurs laboratoires et départements. Au cours de deux journées bien riches en activités les 9 et 10 octobre 2025, ils ont partagé leurs expériences et leurs points de vue sur la manière dont ils ont intégré les pratiques de science ouverte dans leur travail quotidien, souvent avec une approche plutôt pratique. Les thèmes abordés comprenaient la publication en libre accès, la préservation et la gestion des données ouvertes, les incitations et l’évaluation de la science ouverte, les infrastructures ouvertes, le soutien financier et, de manière générale, l’évolution de la culture de la recherche au Canada vers des pratiques plus accessibles, transparentes et collaboratives.

Les partenaires d’INKE ont été très occupés et ont participé à toutes sortes de présentations tout au long de la conférence. Après le discours d’ouverture du président de l’Université Concordia, Graham Carr, et les discours liminaires de la conseillère scientifique en chef du gouvernement du Canada, Monica Nemer, du conseiller scientifique en chef du gouvernement du Québec, Rémi Quirion, et des hôtes de la conférence, Nicolás Alessandroni et Krista Byers-Heinlein (titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en bilinguisme et science ouverte), le moment était venu de passer à la session des stands et des affiches. Ces formats ont permis aux participants de présenter de nombreuses initiatives différentes en matière de science ouverte, allant des résultats de recherche traditionnels aux projets institutionnels, de manière interactive et détendue. 

Lucía Céspedes, conseillère en recherche chez Érudit, en collaboration avec Adrien Savard-Arseneault de l’Université de Montréal, a présenté les résultats d’une revue narrative de la littérature commandée par le réseau Circé sur l’évaluation par les pairs ouverte. L’étude comprenait également un sondage auprès des rédacteurs en chef de revues canadiennes sur leurs modèles et pratiques d’évaluation par les pairs. De plus, Jeanette Heatherill, Sonya Betz et Kate Shuttleworth, de Coalition Publica, le partenariat entre Érudit et le Public Knowledge Project (PKP), ont présenté leurs efforts pour faire progresser la diffusion de la recherche et l’édition scientifique numérique au Canada, ainsi que leur collaboration avec les bibliothèques pour mener la transition canadienne vers le libre accès diamant, en particulier dans les sciences sociales et humaines. Sur un stand voisin, Brittany Amell, Alan Colin-Arce et Ray Siemens, de l’Université de Victoria, ont présenté aux participants HSS Commons, une plateforme pour la recherche ouverte au Canada (et au-delà !) où les chercheurs en sciences sociales et humaines peuvent partager des ressources, conserver des documents dans un dépôt ouvert, collaborer à des projets communs, interagir dans un forum et créer des communautés.

Le rythme de la conférence ne s’est pas ralenti, et après la pause déjeuner, des sessions parallèles de présentations éclair et de tables rondes ont eu lieu. Céspedes a ensuite discuté du rôle des infrastructures de recherche numériques ouvertes dans le soutien et la promotion de la science multilingue, en se concentrant sur les exemples multilingues d’Érudit et des systèmes de revues ouvertes de PKP. Kate Shuttleworth a posé une question provocante : les choix de publication des chercheurs alimentent-ils la crise de l’édition des revues scientifiques ? Dans son exposé, Mme Shuttleworth a souligné que les chercheurs et les institutions ont la possibilité de soutenir les revues en libre accès diamant et de transférer les fonds des frais de traitement des articles vers des infrastructures ouvertes. Simon van Bellen, conseiller principal en recherche chez Érudit, a discuté des tensions émergentes autour de l’ouverture des données textuelles dans les sciences humaines et sociales, et plus particulièrement des défis posés par les grandes entreprises qui collectent des données pour l’IA générative.

Si les présentations éclair ont été saluées pour leur dynamisme, les tables rondes ont permis des exposés plus détaillés. Victoria Smith, de l’Alliance de recherche numérique du Canada, a présenté les travaux de l’Alliance visant à connecter l’écosystème des données de recherche du Canada, en particulier par le biais des initiatives Plateforme canadienne de données de recherche et Espaces de données nationaux. Faisant écho aux problèmes qui minent les modèles commerciaux d’accès libre diagnostiqués précédemment par Shuttleworth, Hatherill a lancé un appel puissant pour récupérer la propriété des moyens de publication scientifique, a discuté du rôle de la politique nationale et a plaidé en faveur de l’accès libre diamant comme la voie la plus équitable pour l’avenir. Elle a souligné le travail de Coalition Publica à cet égard, en particulier à travers le programme Partenariat pour le libre accès d’Érudit, qui apporte un soutien financier à 280 revues savantes, dont plus de 200 sont en libre accès diamant.


Le deuxième jour de la conférence, une importante table ronde réunissant des organismes de financement a eu lieu. La première présentation, animée par Dominique Roche du CRSH et Jeremy Geelen des IRSC, portait sur la politique des trois organismes en matière de gestion des données de recherche et soulignait la pertinence de la Gestion des données de recherche pour faire progresser l’intégrité et l’efficacité de la recherche. Ensuite, Leigh-Ann Coffey du CRSNG a présenté les dernières mises à jour sur la révision en cours de la politique des trois organismes en matière d’accès libre aux publications. Enfin, Emmanuelle Lévesque, du Fonds de recherche du Québec (FRQ), a également discuté des mandats du FRQ en matière de publication en libre accès. Le dialogue a permis d’établir un contrepoint intéressant entre les initiatives de ces bailleurs de fonds visant à rendre la recherche plus ouverte et a laissé entrevoir certaines des voies que les trois organismes pourraient suivre dans leur politique révisée, bien qu’aucune date de mise en œuvre n’ait été confirmée.

Plus tard dans la journée, des groupes de travail ont été constitués sur les thèmes suivants : infrastructures et flux de travail pour les données ouvertes, structures de mérite pour la science ouverte, stratégies pour la publication en libre accès, financement de la science ouverte et changement de la culture de la recherche au Canada. Ces groupes de travail avaient déjà commencé leur réflexion la veille au soir, lors de la réception et du dîner organisés au McGill Faculty Club. Au sein du groupe de travail sur les flux de travail pour les données ouvertes, des discussions ont eu lieu sur l’importance de disposer de modèles de plans de gestion des données de recherche spécifiques à certaines disciplines et même à certaines méthodologies, telles que les enquêtes. Les publications ouvertes ont été discutées dans un groupe séparé. Parmi les idées émergentes, nous avons entendu une idée intéressante visant à modifier le concept de prestige dans le domaine de l’édition : au lieu d’attribuer du prestige à une revue en fonction de son éditeur, nous devrions viser à créer des revues plus viables gérées au sein des universités. De cette façon, la crédibilité et la qualité des revues, plutôt que leur prestige, pourraient devenir la responsabilité d’une organisation à but non lucratif.

Au cours de la table ronde, Christianna Brooks, de la Fédération des sciences humaines et sociales, a attiré l’attention sur les livres en libre accès au Canada. L’édition de livres en libre accès est un aspect souvent négligé dans les débats sur le libre accès, qui ont tendance à privilégier les articles de revues ; néanmoins, les livres restent un vecteur privilégié pour la diffusion de la recherche en sciences sociales, et en particulier en sciences humaines. 

Après la dernière table ronde, Alessandroni et Byers-Heinlein ont dévoilé une illustration artistique réalisée par l’illustratrice de la conférence, représentant le paysage actuel de la science ouverte et de la recherche ouverte au Canada. Les domaines actuellement établis et ceux qui posent des défis, ainsi que le potentiel d’amélioration future et les voies à suivre, ont été magnifiquement illustrés en se superposant à la géographie du pays. Cette première conférence pancanadienne, interdisciplinaire et intersectorielle a certainement représenté un pas vers un tel avenir, où une ouverture prudente et contextualisée est intégrée dans la conception, la norme, la pratique et la culture de la recherche canadienne. 

Au sein du partenariat INKE, nous espérons poursuivre ces discussions lors de deux événements à venir : le 7e rassemblement annuel du Canadian Australian Partnership for Open Scholarship (CAPOS), le 2 et 3 décembre à l’Université nationale australienne à Canberra, et la conférence INKE 2026 – la 13e édition de ces rassemblements (voir ici pour plus de détails) – qui se tiendra à Montréal les 4 et 5 juin. Plus de détails sur la conférence INKE seront annoncés prochainement.

Réponses du partenariat INKE

Christianna Brooks (Responsable des programmes, Fédération des sciences humaines) :

Concevoir le libre accès uniquement autour de la publication de revues désavantage tous les chercheurs, avec des répercussions particulièrement graves pour les chercheurs en sciences humaines et sociales qui s’appuient sur des ouvrages pour développer des arguments complets et transmettre des idées nuancées. Lorsque les ouvrages ne bénéficient pas d’un soutien significatif, l’accès à la recherche critique se réduit et la diversité des voix nécessaires à un débat démocratique solide s’en trouve diminuée.

Jeanette Hatherill (Coordonnatrice principale, Coalition Publica):

Cette conférence a été une occasion unique de réunir un large éventail de collègues qui soutiennent la recherche ouverte au Canada. Des étudiants et professeurs aux praticiens et chercheurs, des initiatives de longue date aux nouvelles start-ups, la diversité des points de vue a apporté une énergie particulière aux discussions en cours sur la recherche ouverte et la science ouverte. Avec la présence de nombreux membres de l’équipe de Coalition Publica, nous avons été ravis de pouvoir présenter certaines de nos activités visant à promouvoir le libre accès diamant comme la voie la plus durable et la plus équitable vers un avenir plus ouvert. Forts de l’élan donné par ces conversations, nous sommes impatients de poursuivre notre travail collectif pour rétablir la recherche comme un bien public et espérons que les prochaines rencontres continueront à rechercher des perspectives multiples qui représentent la diversité des contributeurs à cet écosystème dynamique.